Voici des faits qui éclaireront … peut être… la justice !
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La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn.
Feuilleton d’été | lundi, 6 juillet 2009 | par Marion Gay , Monsieur B.
Bakchich relate la saga des vrais-faux dinars de Bahreïn, qui constitue à ce jour la plus grosse affaire de contrefaçon monétaire du XXe siècle. Premier épisode aujourd’hui avec l’ex-conseiller spécial du président tchadien.
La plus grosse affaire de contrefaçon monétaire connue du XX ème siècle n’en finit pas d’embarrasser la justice française. Les faits -l’impression en Argentine de vraies-fausses coupures de 20 dinars de l’Etat du Bahreïn, pour une valeur de 350 millions de dollars, puis leur écoulement partiel- remontent à 1998.
Instruite à Paris sur plainte de l’autorité monétaire du Bahreïn, l’affaire n’a toujours pas été jugée. Une première audience -avortée- s’est tenue le 16 janvier 2007 devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.
Pourquoi vrais-faux dinars ? Lorsqu’une masse de ces billets made in Argentina, initialement considérés comme authentiques, ont été changés en juin 1998 en Europe et au Proche-Orient, l’économie de ce riche état insulaire du golfe arabo-persique a failli s’effondrer. En catastrophe, le Bahreïn a dû démonétiser sa coupure de 20 dinars, la plus grosse, d’une valeur de 55 dollars.
Le meurtre d’un proche d’Hassan II toujours inexpliqué
Bakchich, en exclusivité, relate cette saga, en s’appuyant notamment sur les révélations que nous a faites, face caméra, Hassan Fadoul Kittir, l’un des principaux protagonistes identifiés de cet imbroglio, à l’époque conseiller spécial du président tchadien Idriss Déby. M. Fadoul explique avoir été chargé de superviser la fabrication des vrais-faux billets en Argentine, s’être occupé de leur acheminement au Tchad, puis de vaines tentatives pour les écouler au Nigeria et en France.
En parallèle, un ressortissant marocain, Hicham Mandari, est parvenu en juin 1998 à changer à Paris et à Beyrouth pour plusieurs millions d’euros des billets de 20 dinars provenant du même lot. Hicham Mandari était un protégé de Farida, la concubine favorite du roi Hassan II (mort en juillet 1999), et secondait le chef de la garde royale, Mohammed Mediouri.
Il reconnaissait avoir dérobé -et encaissé- des chèques tirés sur plusieurs comptes privés appartenant à Hassan II, prétendant ainsi récupérer son dû, car il se présentait parfois comme le fils caché du défunt souverain marocain.
Arrêté à Miami, extradé en France, puis relâché sous contrôle judiciaire, Hicham Mandari a été assassiné en aout 2004 en Espagne. Ni les circonstances, ni les auteurs de ce crime n’ont à ce jour été élucidés par la justice espagnole. Bakchich l’avait rencontré à Miami et à Paris.
Les révélations du conseiller spécial du président tchadien
Hassan Fadoul Kittir était un « ami de trente ans » du président tchadien Idriss Deby, dont il a été plusieurs fois ministre, après que l’actuel président ait chassé, les armes à la main, son prédécesseur Hissène Habré. Il a également dirigé la compagnie Air Tchad.
Cette proximité avec le maître de N’djamena a fait de lui la cible d’un groupe d’hommes d’affaires, dont le Tchado-beninois Pedro Lazar, et surtout le dénommé Nozi Mwamba, considéré comme un proche du défunt président Mobutu, et représentant pour l’Afrique de l’imprimerie de sécurité argentine Ciccone Calcografica. Le contact a donc eu lieu à Paris, en 1997, pendant une escale de Hassan Fadoul. Selon les explications données par Hassan Fadoul à la justice française, l’aval d’un chef d’état en exercice était indispensable pour être pris en considération par l’imprimeur argentin.
Un Deby de billets enthousiasmant
C’est donc au titre de conseiller spécial et de représentant personnel du président tchadien que Hassan Fadoul a effectué ce voyage en Argentine, au cours duquel il constate la diversité des devises imprimées par Ciccone Calcografica, selon toutes les régles de l’art.
Au retour de sa mission en Argentine, les poches pleines de liasses d’échantillons, Hassan Fadoul rend compte au président Déby, qui est enthousiasmé par ce qui lui apparait comme de lucratives perspectives. Il invite donc à N’Djamena, au palais présidentiel, Nozi Mwamba, le représentant de l’imprimerie pour sceller leur accord.
Initialement, un peu naïvement, Idriss Deby songeait à faire imprimer des Francs CFA, la devise de l’Afrique centrale francophone. Habilement, Mwamba l’en dissuade et l’amène progressivement à accepter ce qui était sans doute déjà programmé : faire endosser par Deby l’impression de dinars de Bahreïn…
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Surgit un détail capital : le président tchadien apprend lors de la visite de Mwamba qu’il doit débourser 2 millions de dollars pour lancer la fabrication, payer le papier filigrané etc, or il ne dispose pas de cette somme. Tout s’arrange neuf mois plus tard, début mai 1998, lorsque le colonel Kadhafi organise, comme il le fait assez souvent, des prières avec les chefs d’Etat de la région. Il arrive en ces circonstances au chef de la Libye de se montrer généreux à l’égard de ses impécunieux voisins. Cela n’implique nullement qu’il connaisse l’usage réservé à ses dons…
La somme enfin disponible, Hassan Fadoul s’envole immédiatement pour l’Afrique du Sud, où réside M. Mwamba, et lui remet les 2 millions de dollars en main propre. Pour justifier ce voyage à bord de l’avion présidentiel tchadien et ne pas risquer un contrôle de bagages, une mission diplomatique auprès de Nelson Mandela est hâtivement bricolée…
Impatient de recevoir « ses » dinars, le président Déby parle avec son voisin, le président du Niger, Ibrahim Baré Mainassara, de son imminente bonne fortune, dont il le fera profiter.
Comment Idriss veille en œil propre au Déby de dinars
Au jour J, Idriss Déby, Hassan Fadoul, la garde présidentielle et ses 4 X 4 arrivent à l’aéroport de N’djamena. Mais l’avion, un vieux Boeing 707 cargo affrété en Belgique pour trois rotations Buenos Aires-N’djamena, n’arrive pas. Le premier vol s’est posé à Niamey, capitale du Niger… Il aurait été intercepté sur ordre du président Mainassara.
Les deux dernières rotations se déroulent sans encombre courant juin 1998. Le président Déby est présent à chacun des atterrissages du Boeing belge. Il veille en personne au déchargement et fait acheminer, par les 4X4 de la garde présidentielle, les 40 cartons de chacune des deux rotations, directement dans ses appartements privés au palais présidentiel.
Chaque carton contient 1,5 million de dinars, chaque rotation en apporte donc 60 millions. En définitive 120 millions de dinars sont arrivés au Tchad et 60 millions au Niger. L’équivalent de plus de 350 millions de dollars !
L’aéroport de la capitale tchadienne étant le quartier général de l’opération militaire française "Epervier", il est inconcevable que les mouvements du Boeing belge aient pu échapper aux observations des services français.
(A suivre…)
Pressé d’obtenir du cash en échange des dinars de Bahreïn récemment arrivés au Tchad, le président Idriss Déby fait chauffer son téléphone et trouve à Kano, la capitale du Nord Nigeria, principal centre économique du Sahel, un changeur disposé à recevoir « ses » dinars et à les lui échanger contre des dollars, c’est du moins ce qui est prévu.
Hassan Fadoul se rend par vol spécial sur place avec environ 2 millions de dinars. A Kano, rien ne se passe comme l’imaginait le président tchadien. Le changeur cherche à gagner du temps, il n’a pas sur place l’usage de la devise du Bahreïn, veut expédier les dinars dans le Golfe arabo-persique, où elle devrait être plus facile à monnayer. Et surtout il ne dispose pas de cash, pour payer ce qu’il vient de recevoir.
Fadoul s’impatiente, il est finalement décidé, avec l’approbation d’Idriss Déby, de rentrer au Tchad avec un chèque. Méfiant, Hassan Fadoul prend soin de le photocopier et de confier plusieurs copies à des gens de confiance.
C’est ainsi que Bakchich est en mesure de publier le fac similé de ce chèque, daté du 22 juin 1998.
Dès sa remise à Idriss Déby, le président tchadien convoque Idriss Othman, le directeur de la BDT (Banque de développement du Tchad) et se fait remettre plus d’un milliard de francs CFA. Le patron de la BDT s’empresse d’expédier le chèque à la compensation à Londres.
Ô surprise, le compte n’est pas approvisionné, le chèque est en bois, la BDT menacée de banqueroute !
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La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (IV) - Bakchich
Dans ce quatrième épisode de l’escroquerie du siècle, le président tchadien échoue dans sa tentative d’écouler ses dinars à Paris, puis fait porter le chapeau à son conseiller spécial.
Suite du troisième épisode.
Après sa déconvenue nigériane, le président Déby se tourne vers la France.
Un contact de Pedro Lazar, Jean-Pierre Cheriou, prétendant être un dirigeant de la Banque de France, a fait savoir qu’il pourrait se charger, à Paris, de changer les dinars.
Idriss Déby, qui veut en finir, propose d’expédier l’avion présidentiel, bourré de dinars, avec Hassan Fadoul et le directeur de la BDT (Banque de développement du Tchad) au Bourget. Hassan Fadoul, échaudé, considère que c’est trop risqué.
Il est finalement décidé qu’Hassan Fadoul et Idriss Othman, le directeur de la BDT, vont à Paris par vol régulier.
Accueillis par Cheriou, qui se fait passer pour un représentant de la Banque de France, ils sont conduits dans un bâtiment, à l’époque désaffecté, place du Palais Bourbon, où Cheriou prétend que se déroulent des « opérations spéciales » qu’on ne peut régler au siège de la Banque de France.
Peu convaincus, Fadoul et Othman rembarquent pour N’djamena. Lors de l’enregistrement, l’attaché case dans laquelle le conseiller spécial conserve tous les documents relatifs à l’opération Dinars de Bahreïn lui est dérobé. Hassan Fadoul est désormais convaincu d’être dans le collimateur des services français.
Chirac découvre le pot-aux-roses
Au lendemain de son retour au Tchad, début juillet 1998, Hassan Fadoul accompagne son président dans le nord, à Faya-Largeau. Le soir, aux informations, il apprend la visite, non-annoncée, du chef de l’Etat du Bahreïn à l’Elysée, où il est reçu par le président Chirac. Il en avertit immédiatement Idriss Déby, qui ne s’en inquiète pas. Il avait tort.
Le jour suivant, un samedi, à la préfecture de Faya Largeau, où résident Déby et Fadoul, coup de fil de Michel Dupuch, le patron de la cellule africaine de l’Elysée. Fadoul répond. Dupuch veut d’urgence parler au président Déby.
Celui-ci, qui est dans la pièce, fait signe qu’il ne veut pas prendre la communication. Fadoul raccroche, en prétendant que son président n’est pas là.
15 minutes plus tard, nouvel appel de Dupuch : il sait que le président Déby est sur place, le président Chirac est venu spécialement à l’Elysée pendant le week-end pour s’entretenir avec son homologue tchadien, d’une affaire grave le concernant. Déby finit par prendre la communication. Le soir même, Déby rentre sur N’djamena puis s’envole pour Paris. Le 28 juillet 1998, il est reçu pendant 2 heures à l’Elysée par le président Chirac.
A son retour de France, Deby annonce à son conseiller Fadoul que « tout est découvert » .
Chirac lui a mis sous le nez des photos prises à l’aéroport de N’djamena, lors du déchargement du Boeing belge. Il affirme avoir démenti toute implication dans cette affaire, et avoir, face à Chirac, accusé son entourage. Il demande à son conseiller spécial de porter le chapeau, et lui annonce qu’un décret sera prochainement publié au Journal officiel mettant fin à ses fonctions.
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