L'opposition s'organise contre la «dictature émergente» :
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Plusieurs partis de l'opposition et candidats malheureux à l'élection présidentielle du 30 août dernier ont annoncé le dimanche 16 novembre la création d'une nouvelle alliance au sein de la «Coalition des groupes et partis politiques pour l'alternance» (CGPPA). A cette occasion, l'ancien ministre de l'Intérieur, André Mba Obame, a dressé le bilan de la situation politique du pays, dénonçant toujours des «dérives dictatoriales» du pouvoir et mettant en avant l'union des forces vives de la Nation pour l'avènement de l'«alternance démocratique».
Le «Front de refus du coup de force électoral», qui regroupait les principaux candidats de l’opposition à l’élection présidentielle du 30 août dernier et qui fonctionnait jusqu’ici de manière informelle, a annoncé, le dimanche 16 novembre, la création d'une «Coalition des groupes et partis politiques pour l'alternance» (CGPPA).
On retrouve, au sein de cette ligue, les anciens ministres du Parti démocratique gabonais (PDG) qui s’étaient porté candidats indépendants à la dernière présidentielle, Mba Obame, Jean Eyéghé Ndong et Casimir Oyé Mba ; deux autres candidats indépendants à la même élection, Jean Ntoutoume Ngoua et Bruno Ben Moubamba et les formations politiques que sont l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UDGDD) de Zacharie Myboto, le Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ) de Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé, le Morena, le Forum africain pour la reconstruction (FAR), le Parti gabonais du progrès (PGP), le Rassemblement national des républicains (RNR), le Morena unioniste, le Mouvement africain pour le développement (MAD).
On note l’absence, au sein du regroupement, de Pierre Mamboundou, leader du l’Union du peuple gabonais (UPG), proclamé deuxième de la présidentielle du 30 août, et de Paul Mba Abessole, ancien maire de la capitale et président du Rassemblement pour le Gabon (RPG) qui a récemment déclaré se mettre en réserve de la République.
La coalition, qui devait donner un meeting ce même dimanche pour annoncer sa création, n’a pas obtenu l’autorisation nécessaire et s’est retrouvée au siège de l’UGDD pour une sorte de mini-meeting improvisé. A cette occasion, André Mba Obame a prononcé l’allocution suivante qui répond à de nombreuses questions sur son attitude depuis l'annonce des premiers résultats de l'élection présidentielle et qui appelle à la création d'un grand parti national pour «l'alternance».
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Allocution de M. André Mba Obame
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Partisans d’un Gabon Libre et Démocratique,
Partisans de la lutte contre la dictature émergente,
Mes chers compatriotes,
Mesdames et Messieurs,
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En 1981, il n’existait au Gabon qu’un seul Parti politique : le PDG ; un seul syndicat : la COSYGA ; un seul journal : l’Union. Et toute personne qui venait à contester cet état de fait subissait les foudres de l’imposant appareil répressif – CEDOC, B2, Contre-ingérence, Cour de Sûreté de l’État, etc. Malgré le climat de terreur qui accompagne toujours ce type d’environnements, j’ai su qu’il ne me serait jamais possible d’accepter cette situation pour mon pays. J’ai lancé un mouvement politique depuis Paris. J’avais 24 ans. Mon paisible séjour d’étudiant s’est alors transformé en exil politique.
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À nouveau se développe dans notre pays une situation politique et sociale qui rappelle, avec un goût amer, la période du monopartisme. Tout est mis en oeuvre pour étouffer l’expression du pluralisme dans notre pays. L’opposition politique et les syndicats sont l’objet des pires intimidations. La liberté de la presse et le pluralisme des médias sont remis en cause. Et comme si tout cela n’était pas déjà trop, la Cour de sûreté de l’État, de sinistre mémoire, vient d’être remise au goût du jour.
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L’histoire se répète.
Depuis ce triste 8 juin 2009 où le Président Omar BONGO ONDIMBA a quitté ce monde, tout a été mis en oeuvre pour empêcher la démocratie et la liberté de s’exprimer au Gabon. Notre pays, engagé depuis 1990 sur le long chemin de la démocratie, s’est subitement transformé en une prison dont les légitimes enfants de la République sont devenus les spectateurs orphelins. Et tout ce pouvoir illégitime ne recule devant rien pour réduire définitivement au silence toute velléité de résistance à cette déferlante qui ne recule décidément devant rien.
Au risque de heurter la sensibilité des tenants de la pensée unique, arc-boutés au sacro-saint principe du respect des institutions et de la constitution, je m’interroge à haute voix. Comment les droits du citoyen sont-ils protégés lorsque la Cour Constitutionnelle fait le choix, en violant la loi et contre les intérêts du Peuple, d’imposer au pays un pouvoir illégitime ? Devant qui, la Cour Constitutionnelle qui rend ses décisions au nom du Peuple Gabonais, est-elle responsable ? Je m’interroge à voix haute et j’interroge ceux qui aiment à nous inviter au respect des institutions.
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Nous devons à la vérité de le dire, le Pouvoir illégitime qui tente de s’imposer à notre pays a bénéficié de la complicité agissante de la Cour Constitutionnelle. En effet, c’est bien la Cour Constitutionnelle qui, usant et abusant des pouvoirs exorbitants que lui confère notre loi fondamentale, a été le pilier central de ce Coup d’État.
L’épuration de notre administration, initiée lamentablement en son temps par le Président de la République par intérim, s’est accélérée et amplifiée en faisant revivre à notre cher pays les heures sombres du Parti unique triomphant. Malheur au Gabonais qui a commis l’outrage de soutenir un autre candidat que celui du PDG ! Il aura droit au châtiment suprême !
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Mesdames et Messieurs du pouvoir, vos intimidations, votre acharnement à vouloir humilier vos compatriotes, la chasse aux sorcières méprisable à laquelle vous vous livrez, loin de décourager le désir profond de changement des Gabonaises et des Gabonais, renforce la détermination qui habite désormais chacun de nous.
Toute ma vie, je n’ai jamais pu accepter ni tolérer la domination ; quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne. J’ai toujours rêvé d’un Gabon libre et démocratique, où tout le monde vivrait en harmonie avec des chances égales. Au prix d’immenses compromis, c’est un objectif que je poursuis depuis 28 ans. Et c’est l’idéal pour lequel je vais continuer à me battre jusqu’à la victoire finale. Car, la liberté finit toujours par triompher.
Il se dit ici et là que la Cour de Sûreté de l’État est destinée aux Membres de la Coalition. Il se dit même que le report des élections législatives partielles viserait à empêcher certains leaders ici présents de bénéficier du régime d’immunité que devrait leur conférer le statut de député.
Pauvre Gabon ! Nous voici revenus trente ans en arrière. À cet instant, ils doivent être nombreux à se retourner dans leurs tombes. Quel gâchis !
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Partisans d’un Gabon Libre et Démocratique,
Partisans de la lutte contre la dictature émergente,
Mes chers compatriotes,
Les Gabonais qui avaient massivement placé leur espoir dans une rupture responsable en m’accordant leurs suffrages continuent de s’interroger sur les lendemains de cette sombre page de notre histoire commune. Alors que de nombreuses et légitimes questions me parviennent du pays profond, j’avais volontairement décidé de garder un silence observateur.
Dès Barcelone, j’avais pris le soin de vous prévenir que le chemin "sera long et les chantiers nombreux". À cet instant, je tiens à féliciter l’expression démocratique manifestée par chacun de vous à travers un combat déterminé et pacifique. À tous et à chacun, je vous exhorte à garder ferme la Nouvelle espérance. À l’occasion de la campagne électorale, vous vous êtes libérés des chaînes de l’esclavage et avez retrouvé votre liberté.
Comme le peuple d’Israël sur la route de l’exode, il ne vous reste plus qu’à traverser la Mer Rouge et laisser Pharaon s’y engloutir avec son armée. Les morsures de serpent, les piqures d’insectes, la faim ou la soif que nous aurons à subir tout au long de cette marche sont pour nous des moyens de purification.
Pour faire échec au piège de la violence que les adversaires de la démocratie nous avaient tendu, j’ai entrepris d’observer une grève de la faim pour interpeller fortement l’opinion nationale et internationale sur la grave crise qui menaçait notre pays. J’ai reçu avec émotion vos nombreux messages d’inquiétude et tous vos témoignages d’amitié et de fraternité.
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J’avais besoin à cet instant de porter dans ma chair et au fond de mon être la douleur et le désespoir que j’entendais s’exprimer dans tout le pays. Cet acte, pas toujours compris de tous, fut pour moi une occasion de communier avec les souffrances et les douleurs de chacune et chacun de vous.
Cette grève de la faim m’a permis de rentrer en moi-même, de méditer longuement sur le sort des milliers de compatriotes qui ont placé leur espoir en moi et qui continuent à juste titre de croire en un lendemain meilleur. Je remercie ici toutes celles et tous ceux qui, à l’intérieur du pays, à Libreville et à l’extérieur du Gabon, m’ont apporté leur soutien pendant cette épreuve personnelle qu’ils ont aussi vécue comme la leur. Je remercie particulièrement mes amis de la coalition qui m’ont spontanément et solidairement apporté leur soutien.
Je l’ai dit et je le répète, quels que soient les circonstances, les obstacles ou les intimidations dont je pourrais faire l’objet, je ne renoncerai pas ! Et je vous le dis à vous aussi, quelles que soient les provocations, les intimidations et les brimades dont vous pourrez faire l’objet, vous ne devez pas renoncer !
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Le Coup d’État électoral, la faillite des institutions et la présence multiforme des ennemis de la Nation ne doivent nullement porter atteinte à notre détermination. La peur doit changer de camp parce que nous sommes une démocratie qui clame et revendique la souveraineté du peuple. Et, la peur changera de camp lorsque nous nous libérerons définitivement de la dictature de la facilité et du court terme.
Oui, mes chers compatriotes, c’est sur ce terrain que se joue véritablement l’avenir de notre pays et son devenir en tant que Nation. La chasse aux sorcières à laquelle se livre ce pouvoir arrogant et dont vous êtes victimes ne vise qu’une chose : affaiblir votre détermination et vous amener à renoncer à votre ambition pour le Gabon.
À la mort du Président Omar Bongo Ondimba, chacun de nous était parvenu à se construire un semblant d’équilibre de vie auquel il est attaché. Chacun de nous avait des projets pour les semaines et les mois à venir qu’il souhaite toujours voir se réaliser. Certains préparaient leur mariage, d’autre construisaient leur maison, autant de projets qui occupaient nos vies.
La dictature de la facilité et du court terme voudrait que vous renonciez à ce que vous savez être essentiel pour vous, pour votre famille et pour votre pays et que vous alliez vous humilier à servir un pouvoir que vous savez illégitime juste pour que tout de suite et maintenant se réalise ce projet auquel vous semblez tant tenir.
L’instant présent apparaît toujours éternel à celui qui le vit dans la douleur ou la difficulté, pourtant ce n’est qu’un court moment et rien d’autre.
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Si nous voulons véritablement libérer notre pays de la dictature pour lui offrir l’horizon qui doit être le sien, nous devons accepter de renoncer à la facilité et être fort.
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Messieurs les Présidents des Groupes et Partis Politique de la Coalition,
Nous ne pouvons pas continuer à assister impuissants à la destruction de l’espérance de nos compatriotes.
Le pluralisme en toutes choses, la liberté individuelle, les libertés publiques, la démocratie et la justice, sont pour moi autant de principes et de valeurs sans lesquels aucune société ne peut aspirer à la modernité et au développement.
Mais devant le lugubre spectacle qu’offrent ceux qui ont décidé de s’imposer au Gabon et aux Gabonais avec la bénédiction de la Cour Constitutionnelle, nous devons opposer une véritable organisation politique nationale.
Beaucoup m’invitent à mettre rapidement sur pied une structure politique pour continuer le combat pour l’alternance et le changement. Certains s’interrogent même sur la priorité que j’accorde à la mise en place de notre Coalition.
À ceux-là et à tous, je confirme ma détermination à tout mettre en œuvre pour créer les conditions de l’alternance et du changement tant attendus par tous.
La Coalition est la manifestation évidente de notre volonté d’union et d’action. Mais, de vous à moi nous devons aller plus loin. Si nous avons véritablement l’ambition de sortir notre pays de l’obscurantisme, nous devons aller plus loin. Si c’est véritablement au nom des Gabonaises et des Gabonais que nous agissons, nous devons aller plus loin. Si comme nous le proclamons tous, ce qui importe avant tout c’est le Gabon et les Gabonais, alors nous devons aller plus loin en disant Gabon D’abord !
Que chaque Président de Parti politique, que chaque leader se rende auprès de ses militants et de ses sympathisants pour expliquer et convaincre des vertus de l’unité et de l’unicité face à un pouvoir aussi arrogant et aussi brutal que celui qui s’impose à la Nation depuis le 03 septembre 2009.
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Ensemble, donnons corps à l’espérance de nos concitoyens en créant ce grand parti politique national que toutes les Gabonaises et tous les Gabonais appellent de leurs vœux. Un Parti politique qui réunit tous les patriotes et tous les démocrates de ce pays, d’où qu’ils viennent et quels qu’ils soient. Un Parti politique qui constituerait le véritable instrument de l’alternance et du changement.
La dictature n’est pas un horizon que nous pouvons nous permettre d’offrir à nos compatriotes et à notre pays. Je lance un appel à tous et à chacun. Allons au-delà de nous même. Avec humilité et détermination, acceptons de nous mettre résolument au service de notre pays pour offrir à chaque Gabonaise et à chaque Gabonais l’avenir auquel il aspire véritablement.
A tous ceux qui se sont vu imposer un choix qu’ils ne partagent pas et sont aujourd’hui compromis contre leur volonté, je leur envoie le message suivant : Il n’est pas trop tard !
Il n’est pas trop tard pour faire le choix que vous impose votre conscience et que les intérêts personnels du moment contrarient. En conscience, vous savez quelle est la Voie. Et vous savez que vous vous en détournez. Vous savez ce que le peuple dans les villes et dans les villages vous demande et je sais que vous êtes d’accord avec le peuple.
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Le Pouvoir annonce chaque jour avec l’arrogance qui le caractérise la construction d’un Gabon émergent. Et dans le même temps, le peuple Gabonais voit s’installer une dictature émergente. C’est le lieu de rappeler cette célèbre pensée du Mahatma Gandhi :
"Quand je désespère, je me souviens que tout au long de l’histoire, la voie de la Vérité et de l’Amour a toujours triomphé. Il y a dans ce monde des tyrans et des assassins, et pendant un temps, ils peuvent sembler invincibles, et à la fin, ils tombent toujours. Pense à cela. Toujours !"
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