La diplomatie sarkozyenne : beaucoup d'esbrouffe pour rien !
La politique étrangère du Président multiplie les initiatives, sans grand résultat.
Ce qu’il a dit. «Nos soldats sont tombés pour protéger la France, pour protéger les Français de la menace directe du terrorisme.»
Ce qu’il en est. Dix jours après la mort de 10 soldats français, Nicolas Sarkozy a justifié le renforcement de la présence militaire française en Afghanistan, annoncé en avril, en contradiction avec ses promesses de campagne. Ces 700 soldats supplémentaires, envoyés à la demande des Etats-Unis, ont été postés dans l’est du pays pour lutter contre les talibans, qui ne cessent de monter en puissance depuis 2005. Paris entre donc de plain-pied dans la guerre contre les talibans et il est fort possible que l’embuscade meurtrière du 18 août ne soit pas la dernière. Pour l’instant, la présence ne fait pas trop débat. Pour l’instant… «Ils sont tombés au service d’une cause juste […] dans un pays martyrisé par une barbarie obscurantiste», a plaidé le Président. Bref, un combat mené au nom des valeurs. Il a aussi agité la menace d’une «recrudescence du terrorisme» sur le sol français pour écarter toute perspective de retrait, qui serait interprété comme un encouragement par les talibans et Al-Qaeda et qui déstabiliserait le Pakistan, doté de «l’arme nucléaire», a-t-il rappelé. Scénario apocalyptique qui ne remet pas en cause la stratégie militaire suivie, alors que selon tous les experts cette guerre n’est pas gagnable. Du moins pas sans un travail de «débauchage» au sein des tribus pachtounes, majoritaires dans le pays et au sein des talibans. Sarkozy a aussi justifié l’engagement français - «On s’engage dans la durée ou alors c’est pas la peine de s’engager»par les progrès en matière de reconstruction et de démocratisation. Encore faudrait-il que la corruption endémique du gouvernement afghan soit combattue avec autant de pugnacité que les talibans…
CE QU’IL A DIT. «J’ai voulu étayer cette nouvelle politique africaine par des actes.» CE QU’IL en est. Hier, Nicolas Sarkozy a repris un terme employé durant la campagne de 2007 : celui de rupture. Celle-ci reste à concrétiser. L’Elysée multiplie les mouvements contradictoires. Sarkozy cherche ainsi à sortir de l’impasse en Côte d’Ivoire en prenant soin de ne pas s’ingérer dans les affaires de cette ancienne colonie française en crise depuis 2002, de même qu’il a manifesté sa volonté de rétablir les liens avec le Rwanda. Dans le même temps, les piliers de la «Françafrique», les présidents gabonais et congolais, Omar Bongo et Denis Sassou N’guesso, sont ménagés. Paris a également soutenu activement le président tchadien Idriss Déby, attaqué en février par des rebelles, certes armés par Khartoum. Dans la crise du Darfour, la France a surtout réussi à empêcher, à ce jour, le Tchad voisin de sombrer à son tour, en mobilisant les Européens au sein d’une force militaire déployée à la frontière du Soudan, l’Eufor. La vraie rupture avec la Françafrique passera par la révision d’accords de coopération militaire d’un autre temps avec une série de pays bien peu démocratiques. Sarkozy l’a évoquée lors d’un déplacement en Afrique du Sud, en février. Reste à passer à l’acte. Mais ses débuts sur la scène africaine resteront marqués par un faux pas originel : le discours de Dakar sur «l’homme africain» qui n’est pas «assez entré dans l’Histoire». Hier, il n’y a pas fait la moindre allusion.
Ce qu’il a dit. «L’amitié et la confiance restaurées avec Israël ne font pas obstacle à notre politique au Moyen-Orient. Au contraire.» Ce qu’il en est.Une semaine avant son voyage en Syrie, Nicolas Sarkozy a justifié la politique de la main tendue à Bachar al-Assad par le souci de stabiliser le Liban, et l’espoir d’un accord de paix avec Israël qui casserait l’axe Damas-Téhéran. Certes, Damas a promis d’ouvrir une ambassade à Beyrouth et le Liban, qui a un président, est provisoirement sorti d’un an et demi de crise. Mais, plus que la diplomatie française, c’est le coup de force du Hezbollah, début mai, qui a débloqué la situation en consacrant les alliés de la Syrie au Liban. Quant à un accord avec Israël, Sarkozy a profité de son amitié affichée pour l’Etat hébreu, illustrée lors d’une visite triomphale en juin, pour tenter de jouer les entremetteurs. Un pari en rupture avec la politique «pro-arabe» de Chirac. Mais dès que la nouvelle administration américaine sera en place, Paris retrouvera son statut de «petit joueur» au Proche-Orient. Enfin, sur le dossier nucléaire iranien, Nicolas Sarkozy reste de la plus grande fermeté, à la différence de Chirac qui avait tendance à tergiverser. Il a répété sa formule de l’an dernier («la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran») et milite pour des sanctions accrues contre Téhéran, «faute de réponse de l’Iran» à la dernière offre européenne.
Ce qu’il a dit. «En obtenant le cessez-le-feu en plein mois d’août, est-ce que la France n’a pas fait son travail?» Ce qu’il en est. Convaincu qu’il fallait amadouer la Russie pour éviter que ses tanks n’aillent jusqu’à Tbilissi, le 12 août, à Moscou, Nicolas Sarkozy a accepté un plan dicté par le Kremlin, qui pour la première fois enterrait l’intégrité territoriale géorgienne. En récompense de cette énorme compromission européenne, Moscou a ensuite fait mariner le Président français pendant plus d’une semaine, l’obligeant à rappeler tous les jours pour constater que le retrait des troupes russes de Géorgie n’est toujours pas achevé. «Nicolas Sarkozy n’a manifestement pas réussi sa mission», s’amusait le quotidien russe Kommersant. Hier, après la reconnaissance unilatérale par Moscou de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, le chef de l’Etat s’est voulu très ferme. Il a «condamné» cette décision «inacceptable», demandant l’application «en totalité» de l’accord de cessez-le-feu du 12 août, et le retrait «sans délai» des forces russes. Il a enfin défendu le respect de «l’intégrité territoriale de la Géorgie». Un peu tardivement… Depuis son élection, et alors qu’il avait dénoncé pendant la campagne les exactions commises en Tchétchénie, Nicolas Sarkozy s’est surtout illustré par son empressement auprès de Vladimir Poutine.
Ce qu’il a dit. «Pas de confrontation stérile.» Ce qu’il en est. Paris est engagé dans une valse-hésitation avec la Chine. Les émeutes au Tibet en mars, le fiasco de la flamme olympique à Paris en avril et la venue du dalaï-lama en France ont mis fin à la cordiale entente en vigueur depuis le voyage de Nicolas Sarkozy à Pékin, en novembre. Le chef de l’Etat trompetait la signature de contrats commerciaux pour 20 milliards d’euros avec «l’eldorado chinois» dixit l’Elysée. Paris remisait sa secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, se contentant de prudentes remarques sur la question. Le Président s’avouait «fasciné par la capacité de la Chine, si enracinée dans l’Histoire, à se projeter dans l’avenir», et s’inscrivait «dans la continuité de [son] prédécesseur, avec l’intention de faire mieux». En vain pour l’heure. Car après ses rodomontades appelant la Chine à la «fin des violences» à Lhassa en mars et ses menaces de boycottage de la cérémonie d’ouverture des JO, Sarkozy a dû faire face au courroux de Pékin. Avant de multiplier cafouillages et courbettes. Les manifestations antifrançaises se sont multipliées en Chine. Puis Pékin n’a eu de cesse de faire pression sur la France, n’hésitant pas à mettre en garde Paris contre les «conséquences graves» d’une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï-lama. Qui n’a pas eu lieu: le chef de l’Etat a reculé et promis une vague rencontre avec le chef spirituel tibétain à la fin de l’année. Hier, le Président disait refuser toute «confrontation stérile» avec des «pays qui vivent un regain de nationalisme». Sans faire de cas du Tibet. Publié dans Libération. J'aboie, donc j'existe !

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