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04/01/2009

La plainte qui affole Bongo, Sassou, Obiang et toute la France à fric !

J'ai rencontré l'opposant congolais Benjamin Toungamani le mercredi 3 décembre au soir, à Orléans. L'avocat William Bourdon a été interviewé à son cabinet le lendemain. Quant à Grégory Mintsa, le plaignant gabonais, il a été joint au téléphone le même jour, le jeudi 4 décembre, dans la soirée.

Déposer plainte contre des chefs d'Etat africains, comme Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (Guinée-Equatoriale), est une entreprise longue et périlleuse. Même en France. Mediapart a récupéré des enregistrements et recueilli plusieurs témoignages attestant les pressions et menaces physiques exercées contre des avocats, des militants associatifs et des citoyens africains qui s'y essaient. Depuis deux ans, ceux-ci tentent de faire prospérer devant la justice parisienne des plaintes pour «recel de détournement de fonds publics» visant les présidents Bongo, Sassou Nguesso et Obiang, ainsi que leur entourage.

 L'objectif: découvrir les conditions dans lesquelles – et surtout avec quel argent – ils ont pu acquérir en France un faramineux patrimoine (appartements, hôtels particuliers, voitures de luxe...), estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros. Ils ont appelé cela l'affaire des «biens mal acquis».

 Après deux premières tentatives infructueuses en mars 2007 et juillet 2008, l'ONG Transparence International, le groupement de juristes Sherpa et un citoyen gabonais, Grégory Mintsa, ont déposé une nouvelle plainte, le 2 décembre, pour «recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités», avec constitution de partie civile. La balle est dans le camp du tribunal de grande instance de Paris qui doit se prononcer sur la recevabilité de la plainte. Et, éventuellement, désigner un juge d'instruction.

 Le dossier, manifestement, dérange. Depuis plusieurs semaines, une fabrique de la peur semble avoir été mise en branle pour éviter qu'il sorte. Car si les deux premières plaintes ont été classées sans suite par le parquet de Paris, au motif d'une «infraction insuffisamment caractérisée», une enquête préliminaire confiée à l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) avait toutefois permis de révéler, fin 2007, une série d'éléments troublants concernant les dépenses somptuaires des trois chefs d'État africains visés.

Benjamin Toungamani, 54 ans, est celui qui peut sûrement le mieux parler des pressions exercées en coulisses. Il est, dans l'ombre des annonces publiques et des communiqués de presse, l'un des principaux promoteurs des plaintes qui accusent les dirigeants africains. Lui est congolais. Il vit en France depuis vingt-cinq ans, n'est pas retourné dans son pays depuis le coup d'État de 1997 et travaille aujourd'hui à Orléans comme professeur en collège.

 Sa femme Béatrice, ancienne contribuable congolaise, avait participé en 2007 à la première plainte de Transparence International et Sherpa. Président de la Plate-forme congolaise contre la corruption et l'impunité, Benjamin Toungamani est un opposant déclaré au régime de Denis Sassou Nguesso, dont la fille, Edith, est l'épouse de son homologue gabonais Omar Bongo.

 L’ENREGISTREMENT QUI ACCUSE:

Les intimidations et les « amicales pressions » ont fait leur entrée dans le quotidien des époux Toungamani dès que leur nom est apparu dans le dossier des «biens mal acquis». C'était il y a bientôt deux ans. Mais le 28 novembre, à 11h34, soit quatre jours avant l'annonce du dépôt de la nouvelle plainte, un cran a été franchi, comme en témoigne ce message laissé sur le portable de M. Toungamani :

Le numéro de téléphone resté en mémoire renvoie à une cabine France Telecom située dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

 «Avant ce message, j'avais reçu un appel le même jour à 10h30 qui menaçait aussi mon petit-fils, se souvient Benjamin Toungamani, que nous avons rencontré dans un restaurant à Orléans. J'ai mis le haut-parleur, une collègue du collège a tout entendu. Après, je suis allé en cours. J'ai rallumé mon portable vers midi et j'ai entendu ce message terrifiant. C'est la première fois que j'avais des menaces directes visant ma famille si je ne retirais pas la plainte de ma femme. Ils savent que mon petit-fils est mon point faible. Je n'ai qu'une fille, qui n'a qu'un enfant. Je l'ai pratiquement élevé. Ils savent où il joue au foot», poursuit-il.

Le même jour, l'opposant congolais dépose plainte dans l'après-midi au commissariat de police d'Orléans. Lors de l'audition menée par un sous-brigadier, son portable sonne à nouveau. Le policier note dans le procès-verbal, dont Mediapart a pu prendre connaissance en intégralité: «A cet instant de l'audition, il est 15h57, Monsieur Toungamani reçoit, sur son téléphone portable, un appel téléphonique d'un correspondant anonyme. A notre demande, il actionne le haut-parleur de son téléphone, et entendons une voix sans accent déclarer "très, très attention".»

Interrogé, Benjamin Toungamani explique qu'il s'agit du même interlocuteur. «Il m'a demandé si je pensais à ma famille, de faire très, très attention.» Cette fois, le numéro de téléphone qui s'est affiché renvoie à une cabine téléphonique située à Orléans, où vit la famille Toungamani.

Quatre jours plus tôt (le 24 novembre), Benjamin Toungamani avait déjà reçu, à son domicile cette fois, plusieurs appels d'un certain "Frédéric". L'homme se présentait comme un émissaire du gouvernement gabonais. Au moins l'une de leurs conversations a pu être enregistrée grâce à un vieux magnétophone par l'enseignant congolais.

En substance, le mystérieux « Frédéric » dit agir au nom d’un ministre d’Omar Bongo pour que les Toungamani retirent leur plainte. Au téléphone, l’homme dit à propos du président gabonais: «Il est gêné, il est vraiment gêné. Je vais donner le numéro du ministre avec qui il est à ce moment précis. Vous allez l’appeler, il n’y a pas de problème. C’est le ministre de l’intérieur, mais cela reste entre nous. Ce que je veux vous dire, c’est qu’au plan politique et même en terme de prestige personnel […] avec toute la pub qui a été faite, c’est Bongo qui était attaqué.»

LE PRESIDENT BONGO EST MAL A L’AISE AVEC TOUT ÇA

 « Frédéric » passe ensuite aux... recommandations: «Ce que nous souhaiterions, c'est véritablement un acte public venant de vous-même. Comme il y a Madame dans la plainte, vous vous organiserez pour que son nom n'apparaisse plus là-dedans.»

 «Ça, ça va être difficile», intervient Benjamain Toungamani.

 «Il faut essayer. On va se débrouiller pour faire ce qu'on vous dit. Quand je dis se débrouiller, comprenez le contenant de se débrouiller [...] Professeur, nous allons mettre en place le système qui va vous faciliter de faire cela», reprend « Frédéric ».

L'homme poursuit en affirmant que «le président [est] mal à l'aise avec tout cela. Lui-même va te parler avec son cœur. Il n'a rien à voir avec ça. Nous allons voir pour essayer d'approfondir les choses de manière tactique», dit-il encore. Le ton est toujours très courtois.

Ce n'est pas la première fois que M. Toungamani, dont la femme, paniquée, a fini par se retirer du dossier, est approché par des supposés émissaires du gouvernement gabonais. En août dernier, lui et l'avocat William Bourdon, président de Sherpa, l'une des associations en pointe sur ce dossier, ont rencontré un certain Sylvain Mesnis au bar le Fumoir, à Paris. «Il disait s'occuper d'affaires au Gabon. Il nous a dit qu'il fallait arrêter notre procédure car il y avait énormément d'emplois français en jeu en Afrique, et notamment au Gabon», se souvient Benjamain Toungamani. Après quoi, des menaces auraient été proférées sur le mode: «Vous savez, un accident est vite arrivé.» Ce qui a mis fin à la rencontre.

Cette version des faits nous a été confirmée par Me Bourdon. L'avocat a récemment confié au Monde avoir été aussi l'objet d'une tentative de corruption, quelques jours plus tard, par le même homme et un avocat se disant mandaté par les autorités gabonaises. Contacté par Mediapart, Sylvain Mesnis n'a ni confirmé ni infirmé ces deux épisodes. Cet ancien chargé de communication en Europe du président ivoirien Laurent Gbagbo, connu sous le patronyme complet de « Sylvain Mesnis de Chambry », s'est contenté d'un «sans commentaire» d'usage. Et a écourté la conversation. Selon Benjamin Toungamani, l'homme se dit également très proche des services de police ou de renseignements français.

 Le président du Gabon, Omar Bongo, a annoncé, le 2 décembre, son intention de déposer plainte en diffamation contre les affirmations de pressions supposées de son gouvernement pour favoriser un retrait de la plainte. «Je m'inscris en faux sur le fait que les autorités gabonaises auraient tenté de faire pression sur les représentants d'associations et notamment sur Me Bourdon», a expliqué la semaine dernière aux journalistes Patrick Maisonneuve, l'un des avocats parisiens d'Omar Bongo. William Bourdon et Benjamin Toungamani, eux, n'en démordent pas et maintiennent leurs accusations.

 UN PLAIGNANT TEMOIGNE DU « HARCELEMENT » DES AUTORITES GABONNAISES

 A plusieurs milliers de kilomètres de Paris, un autre homme vient donner corps à la thèse des pressions des pouvoirs africains, et surtout gabonais, dans cette affaire. Il s'agit de Grégory Mintsa, citoyen et contribuable du Gabon qui a déposé plainte, avec Sherpa et Transparence International, contre les présidents Bongo, Sassou Nguesso et Obiang le 2 décembre. Joint par téléphone, celui-ci a expliqué à Mediapart faire l'objet «depuis plusieurs semaines d'un véritable harcèlement de la part d'émissaires envoyés par le gouvernement gabonais» pour le «dissuader» de porter plainte.

Il raconte: «Ils passent toujours par des gens que je connais et me mettent en relation avec des membres du gouvernement. J'ai déjà rencontré deux ministres ! On me demande toujours ce que je veux. On me demande si de l'argent pourrait aider au retrait de la plainte. On m'explique que cela doit se régler entre frères africains et ne pas passer par la France.»

Si l'affaire suscite autant la fébrilité des chefs d'État africains visés, c'est que l'enquête préliminaire confiée à la police judiciaire française, après le premier dépôt de plainte de 2007, a mis au jour un certain nombre de mouvements financiers et de dépenses pour le moins surprenants. Au fil des procès-verbaux policiers, dont Mediapart a pu prendre connaissance dans leur intégralité, on découvre l'inventaire renversant du patrimoine mobilier et immobilier de dirigeants africains réputés «amis de la France».

 On apprend ainsi qu'Omar Bongo et sa famille sont propriétaires de 33 appartements, hôtels particuliers et maisons à Paris ou sur la Côte d'Azur, tandis que la famille Nguesso jouit de 17 propriétés dont certaines, de plus de 200 m2, sont situées dans les quartiers huppés de Paris. Le tout est évalué à plusieurs dizaines de millions d'euros. Sans compter la pléiade de comptes ouverts dans des établissements bancaires français.

Les policiers ont également pu établir la liste des voitures de luxe (Ferrari, Bugatti, Mercedes, Maybach...) acquises par les présidents africains ou leur entourage dont le financement est apparu, pour certaines d'entre elles, «pour le moins atypique», notent les enquêteurs dans un rapport de synthèse du 6 novembre 2007.

Ainsi, Pascaline Bongo, «fille présumée du président du Gabon», écrivent les policiers, «acquiert en 2006 un véhicule Mercedes payé par trois chèques tirés respectivement des comptes bancaires de Joannie Artiga, de Me François Meyer et de la Paierie du Gabon en France». Il est également fait référence à des voitures de luxe payées par des sociétés dont la transparence ne semble pas être le dénominateur commun.

Ainsi, Teodoro Obiang, le fils du président guinéen, s'est-il acheté en France une Bugatti Veyron 16.4 (ci-contre) d'une valeur d'un million d'euros avec les fonds de la Somagui Forestal, une entreprise d'exploitation forestière dont le dirigeant n'est personne d'autre que... Teodoro Obiang. Selon la cellule de lutte anti-blanchiment française Tracfin, «les flux mis en exergue sont susceptibles de traduire le blanchiment du produit d'un détournement de fonds publics».

C'est précisément le type de soupçons que nourrissent les plaignants dans cette affaire. Ceux-ci suspectent les dirigeants africains de s'être enrichis matériellement avec les fonds publics des États qu'ils dirigent, leurs seuls émoluments officiels – entre 15.000 et 30.000 euros mensuels, selon les cas – ne pouvant, d'après eux, permettre de telles dépenses mirifiques.

 «J'ai décidé de déposer plainte et de me joindre à la procédure quand j'ai découvert l'étendue des incroyables acquisitions de ces dirigeants africains alors qu'au Gabon, il y a des manifestations de gens qui crèvent de faim et que le gouvernement réprime dans la violence», dit Grégory Mintsa. Pour Benjamain Toungamani, «ces gens-là peuvent devenir très méchants dès que l'on touche au portefeuille». Il ajoute, désabusé: «Beaucoup plus que quand on les accuse de massacres.»

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LH0300064.jpg par Laurent Hazgui


 

Commentaires

Ah felicitations, fidéle lecteur d'ANR je m'ennuyais et voici que crétin revient. On peut ainsi comparer sa bétise avec la grande penséee d'ANR.
Mais il insulte moins,il est plus poli, va t'il aussi devenir moins bete ?
La j'ai le gros doute mais on va voir

Crétin ne sait que critiquer son idole Sleck, qu'il jalouse atrocement. Il dit n'importe koi tellement il est jaloux, il parle Sileck, Sileck, mais Sileck il sait même pas que Cretin existe.
Sa dernière trouvaille,Crétin, il accuse qu'on utilise un pseudo, ce que tout le monde fait.
Il est si crétin qu'il utilise lui, le pseudo de big zoulou et il se critique lui même. Mais qu'il est con ce mec. Chaque foi qu'il parle c'est nul

merci frere mintsa ne pense que tu es seul nous te sortirons de ce bourbier meme s'il faut poser des bombes dans ce gabon nous y arriverons car trop c'est trop parce que j suis convaincu ça va bientot bouger dans ce pays totalement enterrer dans une dictature pure et dure mais la fin est proche et pitié pour le merdique peuple gabonais qui reste sans rien dire

On voit que votre grna mouvement ANR est panafricain. Je dis bravo et merci

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