LA LIBRE CIRCULATION DES PERSONNES, UN PREALABLE VERS LES ÉTATS-UNIS D'AFRIQUE.
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La libre circulation des personnes signifie des droits reconnus à un citoyen d'entrer sur le territoire d'un autre État dont il n'a pas la nationalité, d'y séjourner, résider ou de s'y établir soit pour rechercher un emploi et l'exercer sans discrimination, soit pour créer une activité commerciale ou de profession libérale.
Cet accès sur le territoire de l'État dont on n’a pas la nationalité s'effectue en principe de façon libre, sans visas et à l'aide de simples documents de voyage à savoir par exemple un passeport, un carnet de voyage ou une carte d'identité ordinaire. L'article 59 du traité de la CEDEAO dispose à cet effet : « Les citoyens de la communauté ont le droit d'entrée, de résidence et d'établissement et les États membres s'engagent à reconnaître ces droits aux citoyens de la communauté sur leurs territoires respectifs conformément aux dispositions des protocoles y afférents... ». Mais force est de remarquer qu'en Afrique, on ne fait de l'intégration que pour les marchandises.
LA SUPPRESSION DE VISAS ET LE DEMANTELLEMENT DES BARRIERES:
Les hommes, eux, sont bloqués par le cloisonnement des frontières et les prérogatives souveraines des États.
Pourtant, la libre circulation des personnes est un facteur d'une véritable intégration, de l'interpénétration des peuples et un préalable indispensable pour le projet des États-Unis d'Afrique et de ses institutions. Pour faire de la libre circulation des personnes sur le continent une réalité, il faut supprimer les visas et démanteler les barrières frontalières entre les États africains.
Affirmée aussi à l'article 4 du traité constitutif de l'UEMOA, la libre circulation des personnes est entravée par de nombreuses difficultés en Afrique. Aujourd'hui, à cause des problèmes de visas, des barrières frontalières douanières, de la carence d'infrastructures, de compagnies aériennes de transport, de routes..., il est plus difficile de partir de la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou à N'Djamena au Tchad que d'aller à Paris en France.
Lorsqu'on traverse l'Afrique, du Tchad au Mali en passant par le Cameroun, le Nigeria ou le Niger, le Bénin, le Togo et le Burkina Faso, les tracasseries et arnaques sur les routes, le désordre, les arrêts intempestifs, les pertes de temps et le prélèvement excessif de taxes sont monnaie courante sur ces voies.
C'est un vrai casse-tête chinois de vouloir traverser certains de ces pays précités. Selon un acteur de l'immigration, le commissaire de police Ousmane Sawadogo, « l'Afrique de l'Ouest a franchi un pas dans la libre circulation des personnes, voire des biens, des marchandises, des services et de capitaux ».
L'une des preuves de la volonté de l'UEMOA d'aller à la libre circulation des personnes est que celle-ci a pris une directive sur l'égalité des chances dans les universités publiques pour tous les étudiants ressortissants de cette zone.
L'UEMOA a de surcroît autorisé une procédure assez spécifique et sectorielle sur le droit d'établissement pour les fonctions d'avocat, médecin, pharmacien et expert comptable. Cependant, la grande partie de l'Afrique s'arc-boute toujours dans le privilège national contre-productif qui d'après l'universitaire Luc Marius Ibriga consiste à discriminer en pointant d'un doigt accusateur l'étranger comme celui qui vient s'emparer du pain des nationaux.
L'élimination des barrières et la suppression des visas vont redonner confiance aux citoyens africains de pouvoir s'établir là où bon leur semble comme le font les ressortissants de l'Union européenne. De plus, promouvoir la mobilité des populations africaines par des garanties normatives est un gage pour l'unité.
PROMOUVOIR LA LIBRE CIRCULATION DE PERSONNES:
Quelques textes existent déjà, notamment les protocoles de Dakar, d'Abuja et la décision de Banjul des ministres de la CEDEAO en matière de libre circulation des personnes, sur les droits de résidence, d'établissement et la carte de résidence qu'il suffit d'appliquer. A ce stade, l'engagement des États doit être clair et inconditionnel.
Et le Burkina Faso est un modèle à encourager. Tout en étant membre de l'UEMOA, il a signé une convention bilatérale avec un pays de la CEMAC, le Gabon, sur la libre circulation de leurs ressortissants entre les deux États et bientôt il paraphera une deuxième convention de même nature avec la Guinée Équatoriale.
Qu'attendent les autres États pour suivre cet exemple ?
Le Tchad, avec ses centaines de ressortissants, majoritairement des étudiants qui déferlent au Burkina Faso en quête du savoir n'a pas besoin d'échéances pour obtenir une convention du même type avec le pays des Hommes intègres afin de les disculper de visas et faciliter leurs déplacements.
Dans le sens d'une maîtrise de la situation d'insécurité aux frontières de nos États, il est souhaitable d'avoir des conventions multilatérales sur le blanchiment d'argent, le terrorisme, l'extradition et le transfert des fonds. Pour faire face à certains maux qui gangrènent le continent notamment la criminalité, le trafic de drogue et de stupéfiants par les « réseaux mafieux », la formation des polices de frontières dans ces domaines et la synchronisation de leurs actions, informations et renseignements permettront de restaurer la sécurité.
Le commissaire de police de l'immigration Ousmane Sawadogo invite les mass médias à inciter les États à créer des pools sécuritaires pour ne pas faire de la libre circulation des personnes, un moyen de propagation du banditisme. Ce qui amènera l'Afrique à rompre avec les vieux comportements et changer « ses mentalités rétrogrades » en évoluant vers une réelle intégration.
LES ETATS-UNIS D'AFRIQUE:
La suppression des visas et le démantèlement des barrières, l'engagement des États à promouvoir la libre circulation des personnes ne suffisent pas à réaliser l'idéal des États-Unis d'Afrique.
Il est important de faire sentir la nécessité d'intégrer à la base des populations en développant à leur profit des projets bénéfiques.
La mobilité des étudiants, de la jeunesse et de toutes les couches sociales africaines exige des infrastructures de communication dont des routes, des voies ferroviaires aériennes et navales ainsi que de l'énergie pour relancer nos économies et désenclaver le continent.
Pour qu'ils puissent être crédibles, les Etats-Unis d'Afrique doivent être le couronnement de ces grands chantiers de développement durable sinon, souligne M. Luc Marius Ibriga, « ils constitueraient un mythe de bureaucratie budgétivore ». « Une fois la libre circulation des personnes réussie pour que l'Africain soit en mesure d'aller d'Alger au Cap-Vert et du Caire à Monrovia, sans visas dans des conditions sécuritaires, il faut dès lors ouvrir des pans d'intégration sous régionale, régionale et successivement continentale ».
Parvenir aux États-Unis d'Afrique suppose construire une fédération c'est-à-dire l'unité dans la diversité qui impose l'acceptation de l'autre et le vouloir-vivre ensemble.
Or la fermeture des frontières fait que les États africains et leurs peuples ne sont pas reliés. L'Afrique, si elle est unie, aura la capacité de mettre en relief ses ressources minières, pétrolières et ses potentialités humaines pour être forte et faire face aux grands défis.
Cela demande une volonté politique.
Mais, on ne peut pas sonner le tocsin de l'unité, d'un gouvernement africain et en même temps utiliser des charters pour rapatrier systématiquement les non nationaux dans leurs pays d'origine comme le font la Libye et le Gabon en matière d'immigration. Il y a comme un hiatus et une inadéquation entre le discours panafricaniste du Guide libyen Mouammar Kadhafi et les réalités sur son sol.
Pourtant, il a été élu à la tête de l'Union africaine au dernier sommet des dirigeants africains d'Addis-Abeba.
Lui qui prétend être le chantre des États-Unis d'Afrique avait provoqué un tonnerre de protestations des autorités maliennes et de toute l'Afrique pour avoir rapatrié des Maliens, des Tchadiens et des ressortissants d'autres nationalités africaines taxés d'immigrés indésirables.
Il est crucial pour l'Afrique d'avoir une approche concertée dans les accords de gestion des flux migrations entre ses États et vis-à-vis des pays de l'Europe.
Aussi, la démarche constitutionnaliste envisagée par la Libye pour la construction des États-Unis d'Afrique est peu judicieuse et M. Luc Marius conseille le procédé fonctionnaliste aux dirigeants, qui vise à entreprendre d'abord la libre circulation pour une interpénétration des peuples d'Afrique et des travaux de développement intégré et durable, capables de donner un essor à l'économie.
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Une situation commune à tout le continent , hélas !
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