La baraka de "Black Jesus"
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Nul ne connaît le nombre exact de ses femmes. En janvier 2008, il aurait convolé en justes noces... pour la sixième fois avec une certaine Nompumelelo Ntuli, de trente-quatre ans sa cadette. Une cérémonie célébrée en territoire zoulou, au milieu de la savane et en tenue de léopard.
Nul n’en sait davantage sur sa progéniture : entre 12 et 18 enfants, selon les dernières estimations. Seule certitude : deux autres bambins ont vu le jour depuis 2006, l’année de son acquittement lors d’un procès pour viol.
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A 67 ans, le polygame et Zoulou Jacob Zuma rayonne. L’homme au crâne lisse s’apprête à prendre les rênes de l’Afrique du Sud à l’issue des élections de cette semaine. Un pays de 47 millons d’habitants, locomotive économique du continent et qui génère un tiers du PIB de l’Afrique subsaharienne.
Un président porté par son parti, l’African National Congress (ANC), au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, en 1994. Mais également adoubé par Nelson Mandela, le père de la nation « arc-en-ciel ».
Alors, pour fêter sa victoire, « Black Jesus » , comme l’appellent ses supporters, poussera sans doute sa chansonnette préférée. Un rituel à chacun de ses bains de foule. Son titre ? « Passe-moi ma mitraillette. » Un air exécuté les poings levés en hommage aux anciens combattants de l’ANC.
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Car Jacob Zuma, c’est d’abord une réputation. Celle d’un charmeur dont les yeux plissés par un rire tonitruant rappellent ceux d’un bonze bienveillant.
Mais aussi celle d’un populiste. Souvent prêt à raser gratis. La peine de mort ? Il plaide pour son rétablissement. Les criminels ? Les plus dangereux doivent être privés d’avocat. Les médias ? Tout juste bons à subir « une transformation raciale ». « La démocratie est en danger ! » martèle Helen Zille, sa principale opposante à la tête de l’Alliance démocratique.
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Difficile à juger. Car Zuma possède un autre talent : ses discours caméléon.
« Il a su dire aux entrepreneurs ce qu’ils voulaient entendre, même si son aile gauche réclame une politique qui leur serait moins favorable », explique Anton Harber, professeur de journalisme à l’université du Witwatersrand, à Johannesburg. Mêmes paroles enjôleuses en direction des 3 millions d’Afrikaners, descendants des premiers colons blancs. « De vrais Sud-Africains », insiste-t-il.
Zuma excelle dans l’art de la manoeuvre. R
ompu par un demi-siècle de militantisme, dont dix années passées dans les geôles du pouvoir blanc et dix-sept autres en exil au Mozambique et en Zambie, à la tête des services de sécurité de l’ANC. Un militant autodidacte, ancien gardien de bétail, parvenu à apprendre à lire et à écrire grâce à l’aide d’un cousin et à son séjour en prison, au côté de Nelson Mandela.
Et qui se souvient de l’apartheid. « Un jour, enfant, j’ai pris un bonbon sur le comptoir d’un café. Le propriétaire m’a alors balancé une gifle monumentale.
J’ai longtemps pleuré en me disant qu’un jour je l’aurais », raconte Zuma dans une biographie signée Jeremy Gordin.
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Démêlés judiciaires
Ceux « qu’il a eus », ce sont les autres, décidés à lui barrer la route du pouvoir. D’abord, l’ancien président Thabo Mbeki, soupçonné d’avoir attisé les « affaires ». Comme celle de ces pots-de-vin qu’aurait reçus Zuma du groupe français Thales lors d’un contrat d’armement.
Le 6 avril, les procureurs ont dû renoncer à huit années de poursuites pour fraude fiscale et corruption à son encontre. Le motif ? Une série d’enregistrements accréditant la thèse d’un complot et récupérés par les avocats de l’intéressé. Heureuse coïncidence à deux semaines du scrutin présidentiel.
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Or, trois ans plus tôt, Zuma se sort d’une autre mauvaise passe : un procès pour viol intenté par la fille séropositive de l’un de ses amis. « Dans la culture zouloue, vous devez honorer une femme si elle se montre prête », déclare-t-il aux juges. Verdict : non coupable. Encore la baraka !
La gardera-t-il ? Rien n’est moins sûr. Les défis du pays sont immenses.
Une pauvreté endémique, un chômage évalué à 40 % de la population active et une criminalité record, six fois supérieure à celle des Etats-Unis. Mais, comme le confie Mandela, « le peuple aime Zuma »...
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