La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (V)
Dans ce dernier épisode de notre feuilleton d’été, le président tchadien Déby nie toujours son rôle dans l’affaire des dinars de Bahreïn. Et la justice française ne se montre pas très pressée de juger les responsables.
Le président Déby n’a jamais reconnu le moindre rôle dans l’affaire des dinars et n’a cessé d’accuser son ex-conseiller spécial Hassan Fadoul d’avoir tout manigancé dans son dos. Idriss Déby n’a pas daigné recevoir les deux missions de l’autorité monétaire de Bahreïn, qui s’est rendue successivement en août et novembre 1998 au Tchad, accompagnée de ses avocats. A Niamey, la quasi-totalité des 40 cartons a été récupérée, mais à N’djamena, aucun des 80 cartons n’a été remis aux Bahreinis lors de leur premier passage.
Dans une interview au Monde du 5 juin 2001 (voir ci-dessous), Idriss Déby fait état d’une cassette dans laquelle Hassan Fadoul aurait confessé son entière responsabilité en présence d’un magistrat français, ce que l’intéressé dément formellement, dans un droit de réponse au même journal. Jamais cette cassette n’a été produite, malgré des demandes réitérées de la justice française et de l’avocate de Fadoul.
Interview du président Déby et Droit de réponse de Hassan Fadoul
Interview du président Déby, Le Monde, 5 juin 2001
(…) Vous êtes également mis en cause, par un homme qui a été votre conseiller, Hassan Fadoul, dans une affaire de fausse monnaie, des dinars du Bahreïn d’une valeur de 2 milliards de francs.
« - Dans cette affaire, je n’ai rien à me reprocher. C’est vrai que j’ai gardé auprès de moi Hassan Fadoul. J’ai longtemps hésité mais, aujourd’hui, je vais révéler pourquoi : douze fils de la grande famille Fadoul ont été éliminés par Hissène Habré [l’ex-président renversé en décembre 1990 par Idriss Déby, NDLR] à la fin de son règne, quand j’étais entré en rébellion. Des femmes et des enfants, une cinquantaine de personnes au total, sont restés sans mari ou père. Hassan Fadoul était l’aîné des survivants. Je l’ai donc nommé ministre, directeur de mon cabinet civil, PDG d’Air Tchad, conseiller à la présidence et, enfin, préfet du Ouaddaï. Mais ce monsieur n’a jamais pensé qu’à la meilleure manière de gagner de l’argent de façon malhonnête. Quand je l’ai découvert, j’ai fait venir une délégation officielle du Bahreïn, qui a entendu Fadoul, d’ailleurs en présence d’un magistrat français. De cette confession, il existe un enregistrement que nous avons gardé. J’ai décidé de le rendre public, pour me laver du soupçon. »
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Droit de réponse au Monde de Hassan Fadoul
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Suite à l’article paru dans votre journal daté du mardi 5 juin 2001, en page 3 intitulé « Il me reste à préparer le Tchad à l’alternance » consistant en un interview de Monsieur IDRISS DEBY par Monsieur Stephen SMITH me mettant personnellement en cause, je vous remercie de bien vouloir procéder à l’insertion du droit de réponse suivant :
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« A la suite de sa mise en cause dans une affaire de faux dinars du Bahreïn pour une valeur de deux milliards de francs, Monsieur Idriss DEBY tente de faire croire de manière mensongère que j’en serais seul responsable … Précisant qu’il dispose d’une cassette de ma "confession" prise en présence d’un magistrat français et d’ une délégation du Bahreïn qu’il aurait fait venir.
Je n’ai jamais procédé à la moindre confession et n’ai rencontré aucun magistrat français ; quant à la délégation du Bahreïn, les faits sont bien différents que ceux auxquels Monsieur Idriss DEBY tente de faire croire.
Monsieur DEBY refusait tout contact avec une première délégation du Bahreïn venue à N’Djamena en aout 1998.
Alors que nous nous trouvions avec le Président à la résidence du préfet de Faya Largeau, le conseiller spécial aux affaires africaines de l’Elysées, Monsieur DUPUCH, tentait de joindre un samedi à 8 heures du matin Monsieur IDRISS DEBY ; ce dernier refusait de répondre et je dû lui indiquer que Monsieur Deby n’était pas présent ; Monsieur DUPUCH rappelait un quart d’heure après, insistant ; Monsieur Idriss DEBY acceptait de lui parler, indiquant, devant moi : oui, oui …
C’est à la suite de cet appel que Monsieur DEBY a été reçu le 28 juillet 1998 par Monsieur CHIRAC pour une visite privée.
A son retour, Monsieur DEBY indiquait qu’il fallait trouver une solution, que c’était grave : pour se couvrir, il mettait fin à mes fonctions par décret du 5 août 1998 et en adressait immédiatement une copie par fax à l’Elysée et à Manama, capitale du Bahrein.
Par le biais de son ambassadeur du Tchad en Arabie Saoudite, Monsieur TAHIR GUINASSOU, Idriss DEBY prenait contact avec l’ambassadeur du Bahreïn à Ryad ; un accord était passé : une délégation du Bahreïn viendrait récupérer les dinars entreposés dans les appartements d’Idriss DEBY et quatre conditions furent posées : Il devait être communiqué à la délégation le nombre exact de billets détenus, le nom des gens impliqués, le rapport des services spéciaux du Tchad sur ces faits et cela devait se dérouler en une journée, la délégation entendant récupérer les billets et repartir.
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Un lundi de novembre (ou décembre) 1998, une délégation du Bahreïn arrivait à N’Djamena avec à sa tête Monsieur le Ministre plénipotentiaire du ministre des affaires Etrangères du Bahreïn.
Monsieur Idriss DEBY les faisait accueillir par Monsieur ALLAMI actuel directeur adjoint du Ministère aux affaires étrangères et Monsieur ABDEL KERIM ABDALLAH, directeur adjoint DE L’ANS (agence nationale de sécurité). Monsieur ABDEL KERIM ABDALLAH leur remettait 35 cartons de billets de 20 dinars et ils apprenaient à 19 heures, reçus par Monsieur MAHAMAT SALEH ANNEDIF, ministre des Affaires étrangères, à son domicile, qu’Idriss BEBY ne pourrait les recevoir, étant souffrant !
Il n’était plus fait état des conditions passées et il leur était indiqué que je me trouvais en prison dans le nord du pays sous le coup d’une condamnation à mort.
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Apprenant par le chauffeur mis à leur disposition qu’en réalité je me trouvais à N’djamena, ces derniers demandaient à me voir pour me remercier de la restitution des billets : Monsieur ABDEL KERIM ABDALLAH me conduisait à la direction générale de l’ANS où je les rencontrais : loin de me remercier, ils me posaient des questions et je leur indiquais ce qu’il m’avait été demandé de dire, à savoir que le président DEBY n’était pas au courant et signait ma déclaration d’une fausse signature, n’ignorant pas la situation de grand danger dans laquelle je me trouvais.
Ignorant la quantité de cartons récupérés, je précisais que 75 à 80 cartons de dinars avaient été livrés à N’djamena. A la question de savoir où l’argent était stocké, je leur demandais s’ils pensaient être possible qu’autant de cartons aient pu transiter par l’aéroport, sans passer par la douane et sans que Monsieur Idriss DEBY soit au courant ?
Il n’y eu ni cassette enregistrée, ni magistrat français présent…et Monsieur DEBY n’a rencontré aucune des délégations du Bahreïn.
Si j’ai supervisé cette opération de fabrication de dinars, c’est sur ordre de mon président qui m’a nommé conseillé spécial à cet effet ; cette affaire a été conclue hors ma présence par Monsieur DEBY lui-même : c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je continue aujourd’hui à être en danger ».

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